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Tactiques pour combattre la désinformation en Thaïlande, en Indonésie, au Japon, aux Philippines et en Inde

Désinformation en Asie (partie 2)

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Avec la montée en puissance de la fièvre électorale, les tactiques pour désarmer les acteurs de la désinformation sur les médias sociaux se sont intensifiées.

Thaïlande

En Thaïlande on craignait que le renforcement de la censure sur les médias sociaux par la junte militaire ne réduise la liberté de parole pendant les élections du mois dernier, le 24 Mars 2019. Les résultats officiels devraient être annoncé en mai cette année, mais des sondages anticipés réalisés à la sortie des bureaux de vote, suggèrent que le parti pro-militaire Palang Pracha Rath (PPRP) à gagné le plus grand nombre de voix, avec 8,4 millions de voix sur 38 millions.

En 2018, pour la première fois dans l’histoire des élections thaïlandaises, la commission électorale a annoncé qu’elle commencerait à réguler les comptes de médias sociaux des personnes en campagne. Cependant, les observateurs affirment que cela représente un défi considérable, non seulement du fait de la quantité de contenu diffusé mais également en raison de la nécessité pour la commission d’être juste et équilibrée dans ses efforts. Il y a des craintes que certaines publications ne soient censurées même si elles ne sont pas vraiment fausses ou trompeuses.

De hauts responsables de l’armée Thaïlandaise, dont le commandant en chef, le Général Chalermchai Sitthisart, ont exprimé leurs préoccupations sur la propagation de la désinformation et des fausses nouvelles dans la préparation des élections. Mais les commentateurs affirment que cela reflète la façon dont l’armée Thaïlandaise, qui dirige le pays de facto comme une dictature, veut limiter la discussion politique en Thaïlande.

En 2019, un média local rapporta que Sudarat Keyuraphan, un des leaders du parti d’opposition Pheu Thai et candidat au poste de premier ministre, fut la victime d’une vidéo canular devenue virale.

La vidéo de 45 secondes la montrait prétendument debout et silencieuse alors qu’un homme menaçait le Roi en 2010, dans une apparente démonstration de déloyauté. La section 112 du Code pénal Thaïlandais punit les insultes, menaces et diffamations à l’égard du Roi de peines allant jusqu’à 15 ans de prison, comme le décrivait Global Ground Media dans un précédent article.

En réponse, Keyuraphan signala la vidéo de mauvaise qualité à la police, expliquant qu’elle avait été numériquement altérée, fait qui fut confirmé par la suite.

Kajimoto, de l’Université de Hong-Kong, dit que la Thaïlande a abordé le problème de la désinformation en « élargissant l’interprétation des lois existantes ». Il ajoute, « La Thaïlande a certainement un problème avec la censure lorsqu’il s’agit des élections. »

Au même moment, Gomez explique que les autorités thaïlandaises ont utilisé la Loi de 2007 sur les Crimes Informatiques (CCA) comme un moyen de dissuasion aux critiques dirigées contre les institutions et les fonctionnaires publiques, les étiquetant comme fausses. « L’article 14(2) [de la loi sur les Crimes Informatiques] stipule que les informations erronées portant atteinte à l’ordre publique et à la sécurité nationale constituent un délit passible de punition, » affirme-t-il. « En conséquence, les personnes pratiquent généralement l’autocensure, et il en va de même pour les médias et la presse. »

Indonésie

Démystifier les « fake news » demeure une priorité en Indonésie, particulièrement en ce moment alors que le pays se prépare à aller aux urnes en Avril. Près de la moitié de la population indonésienne, environ 130 millions de personnes, est très active sur les médias sociaux, un chiffre qui s’accroit annuellement de plus de 20% depuis Janvier 2017. Un des canulars le plus répandu sur les médias sociaux en Indonésie, est que certains candidats aux élections, y-compris le Président Joko « Jokowi » Widodo, ont des liens avec le Parti Communiste Indonésiens (PKI) interdit.

En janvier 2018, Jokowi a mis en place l’Agence Nationale de Cybernétique et de Cryptage, chargée de lutter contre la désinformation sur les médias sociaux. Les autorités ont travaillé avec les plateformes des médias sociaux pour supprimer et bloquer les contenus qu’elles jugeaient nuisibles, tels que les discours de haine et les contenus diffamatoires qui portent atteinte au président. Des membres présumés de l’Armée Cybernétique Musulmane ont été arrêtés l’an dernier pour cette activité présumée.

En janvier 2019, de faux rapports circulaient selon lesquels 7 containers de cartes électorales perforées en faveur de Jokowi et de son vice-candidat avaient été importés de Chine. La Commission Générale Électorale soumit par la suite un rapport à la police, qui confirma que la nouvelle était fausse, mais pas avant que 17000 utilisateurs environ aient tweeté à ce sujet, rapporta le Jakarta Post.

Astari Yanuarti, la co-fondatrice de la société d’éducation anti-canular Redaksi, à déclaré à Global Media Ground que les stratégies locales pour contrer la désinformation incluent une alphabétisation numérique ; des agences de « fact-checking » (vérifications des faits) ; des machines permettant de repérer du contenu négatif ; l’activation de canaux dénonciation publics ; et la mise en application de la loi. Mais elle déclare que l’impact de ces mesures « n’a pas été constaté » et qu’il y a des demandes pour plus d’arrestation de ceux qui concoctent des campagnes de canulars en ligne, et même la censure des plateformes des médias sociaux dans les semaines précédents une élection majeure.

« Si nécessaire, [nous devrions] fermer l’accès aux médias sociaux tels que Facebook et Twitter jusqu’à la fin des élections afin qu’une élection pacifique et libre de tout canular puisse avoir lieu, » dit-elle dans un e-mail à Global Ground Media. « Des dispositions plus strictes sont nécessaires dans les médias sociaux, parallèlement à l’éducation du public, afin que les citoyens d’internet puissent utiliser les médias sociaux avec sagesse tout en étant encore capable d’exprimer des opinions de manière responsable. »

Yanuarti déclare également que les sociétés des technologies ont une responsabilité significative dans la résolution du problème. « |Elles] ont une obligation de maintenir leurs plateformes sans canulars, calomnies et discours de haine » dit-elle. « [Les méthodes pourraient inclure] une augmentation de la capacité de l’IA à filtrer le contenu des canulars ; changer les algorithmes afin de briser les « chambres d’écho » en ligne et créer une équipe spéciale pour gérer certaines situations telle que des élections. »

Inde

L’Inde s’apprête à tenir une élection générale en Avril et Mai 2019, en même temps que les élections législatives dans certains états. En Janvier, une fausse information au sujet de l’élection a commencé à circuler en ligne, obligeant la Commission Électorale du pays à signaler à la police la publication sur les médias sociaux, a rapporté le Times of India.

De nombreuses agences indépendantes de « fact-checking » ont vu le jour ces dernières années en Inde, telles que AltNews, Internews, DataLeads et Boom Live. Google a également investi massivement dans un réseau en pleine croissance de journalistes formés aux techniques du « fact-checking » à travers une série de camps d’entrainement. Entre-temps le gouvernement a suggéré qu’il pourrait introduire une législation contre les fake-news mais n’a pas encore proposé de loi.

Karen Rebelo, une journaliste chevronnée de l’agence de « fact-checking » Boom Live, basée à Mumbai, a confié à Global Ground Media, qu’elle ne s’est globalement pas sentie soutenue par le traitement de la désinformation en ligne de la part du gouvernement. « Ils clament qu’ils sont sérieux mais lorsqu’il s’agit de mettre de l’ordre dans leur propre maison, ils ne sont pas très efficaces, » déclare-t-elle. « Nous voyons ce problème s’aggraver alors que nous ne sommes qu’à quelques mois d’une élection générale. Ils demandent aux sociétés des médias sociaux d’en faire plus, mais ils doivent faire leur propre introspection. La désinformation va atteindre des sommets avant les élections et restera stable ensuite, mais nous n’en connaitrons l’impact que plus tard. »

Elle explique que l’un des obstacles principaux dans la lutte contre la désinformation est que l’éducation aux médias est pratiquement « inexistante » dans un pays de 1,3 milliards d’habitants. « Nous sommes dans une situation où les gens vont sur YouTube et croient que ce sont toujours de vraies nouvelles » a-t-elle déclaré. « La première interaction de certaines personnes avec l’actualité se fait sur des sites douteux. ».

Philippines

Il y a une prise de conscience croissante de la nécessité de s’attaquer à la diffusion de la désinformation avant les élections de mi-mandat de 2019, qui doivent se tenir en mai. Les Philippines demeurent un foyer de la propagation des « fake-news », en partie parce qu’elles ont une audience potentielle captive. Les philippins passent énormément de temps sur les sites des médias sociaux, une moyenne quotidienne de 3 heures et 57 minutes, selon un rapport de 2018 du cabinet de conseil We Are Social basé au Royaume Uni.

Cependant, Kajimoto laisse entendre que bien qu’il y ait eu des tentatives de l’opposition aux Philippines pour légiférer contre les « fake-news », le Président Rodrigo Duterte et ses partisans ont partagés l’opinion qu’une telle loi ne passerait pas au Congrès. Kajimoto déclare que cette approche du « laisser faire » face aux médias sociaux contraste lourdement avec la façon dont le gouvernement aborde la liberté de la presse en général. « On constate des tentatives de répression des journalistes, mises en évidence par l’arrestation de Maria Ressa, PDG de Rappler » déclare-t-il. « [Le gouvernement] essaye de restreindre les médias et, ce faisant, restreint également leurs efforts de « fact-checking ». »

Le politicien philippin Manuel Roxas, qui a perdu la bataille de la présidence philippine contre Duterte en 2016, a été une victime particulièrement médiatisée de la désinformation. En août de l’année dernière, l’organisation de « fact-checking » à but non lucratif Vera Files discrédita un rapport en ligne qui suggérait, à tort, que Roxas avait demandé à la population de s’unir contre Duterte après avoir été piégé par les médias. L’organisation a estimé que l’article avait pu atteindre 374000 personnes, dont certains y furent dirigés par une page Facebook pro-Duterte.

Japon

Le Japon se prépare pour des élections locales dans tout le pays mi-avril. Il est aussi prévu que l’Empereur Akihito abdique le même mois. Des études ont montré que, comparé aux nations asiatiques mentionnées précédemment, la consommation quotidienne de médias sociaux est généralement plus faible au Japon. Le pays, avec une population vieillissante, est toujours dominé par les médias traditionnels tels que la télévision et les journaux.

Néanmoins, des sources ont déclarés au Japan Times en janvier que le gouvernement avait l’intention d’introduire cette année des codes de conduite en ligne avec les principales sociétés des technologies des États-Unis, dans le but de contrer la désinformation. Il envisage également d’encourager les sociétés des technologies japonaises à poursuivre leurs efforts pour contrôler leurs plateformes plus efficacement, explique le rapport. Alors que c’est crucial, le gouvernement ne semble pas intéressé à légiférer contre la désinformation.

Kajimoto explique que la désinformation n’a pas toujours le même impact au Japon car de nombreux japonais préfèrent faire confiance aux sources traditionnelles. Il cite, comme preuve de cela, le pari réussit par le politicien Denny Tamaki de devenir gouverneur d’Okinawa en 2018, malgré le fait d’avoir été le sujet d’une intense campagne de désinformation. « Faire campagne en ligne est apparu assez tardivement au Japon, » déclare Kajimoto. « Nous constatons toujours des cas de candidats attaqués en ligne, mais les gens tendent à utiliser des médias plus traditionnels, » dit-il. « Le Japon a une population vieillissante, ce qui affecte la dynamique. »

Tendances Générales en Asie

Bien que chaque pays d’Asie présente des caractéristiques spécifiques dans ce domaine, il y a des tendances générales communes à plusieurs d’entre eux au sujet de la diffusion de la désinformation en période électorale, comme on peut le voir dans l’analyse par pays ci-dessus :

  • Augmentation des pouvoirs donnés aux régulateurs gouvernementaux pour punir les propagateurs de la désinformation ;
  • Répression policière sporadique sur les faux acteurs en ligne, tels que les bots, ou les personnes proposant des agendas erronés et supportés par le gouvernement en place ;
  • Intensification des rencontres entre le gouvernement et les représentants locaux des plateformes de médias sociaux afin de discuter des moyens de combattre la désinformation ;
  • Diverses tentatives, souvent de la part des médias conservateurs ou des acteurs en ligne radicaux, de discréditer des candidats politiques au travers de campagnes de dénigrement en ligne ;
  • Trolling en ligne (le fait de laisser des commentaires) par des individus et des groupes politiques de candidats qui ont été dénigrés ;
  • Augmentation des groupes indépendants, souvent à but non-lucratif, servant de « fact-checkers » (vérificateurs) en ligne durant la préparation d’élections importantes, espérant éduquer et renforcer l’éducation aux médias de la population ;
  • Accroissement des partenariats entre « fact-checkers » indépendants et sociétés de médias sociaux.

La façon dont les gouvernements en Asie combattent la désinformation en ligne avant, pendant et après des élections majeures cette année, contribuera à donner le ton du climat politique dans leurs pays pour la décennie à venir si ce n’est plus longtemps.

Les preuves suggèrent que bien que de véritables efforts soient faits pour réduire la diffusion de la désinformation au profit des citoyens, bien des partis au pouvoir ont recours à la répression de la désinformation pour limiter la liberté d’expression.

La bataille pour réduire l’essor de la désinformation en ligne ne commencera à produire un impact bénéfique qu’une fois que différents gouvernements de la région décideront de mettre en place de véritables démocraties, permettant des élections équitables et libres ainsi que la liberté de parole, comme l’affirme Kajimoto. Selon lui, « [le] vrai problème est que nous n’avons pas de démocratie totale ici. Ces choses devraient aller de pair dans la lutte contre la désinformation. »

Article by Rachel Blundy.
Editing by Mike Tatarski and Anrike Visser.
Illustrations by Imad Gebrayel.
Map by Fabian Stricker.

Read part 1 and part 3 of this series on disinformation.

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